Naude Pierre

Pontacq

En parcourant les registres d’immatriculation du Consulat de Veracruz au Mexique, j’ai été surprise par la signature de l’agent consulaire : P. Naude

Naude, un nom de ma famille de Pontacq, or jamais de trace d’émigration au Mexique jusqu’au jour où une amie mexicaine épouse d’un descendant de Béarnais de Serres Castet a visité le musée de Jicaltepec-San Rafael et a trouvé la photo indiquant : Pierre Naude né en 1844 à Pontacq. Maintenant plus de mystère. Pierre est un Naude Marracou de Pontacq.

Les racines à Pontacq

Pierre Naude Marracou est né à Pontacq le 15 novembre 1843, il est le 5ème enfant de Jean-Pierre Naude Marracou et de Jeanne Loudas Barrère.

Ses parents se sont mariés à Pontacq en 1826. L’époux Jean-Pierre Naude Marracou a 24 ans il est le fils de Pierre Naude Marracou et de Anne Guichou ; l’épouse Jeanne Loudas Barrère a 20 ans, elle est la fille mineure de Jean Loudas-Barrère et de Vincente Callats-Menagou. Ce couple aura 6 enfants : Jean-Pierre en 1829, Simon en 1835 qui décède à 2 ans ; Jean-Louis en 1838 ; Justine en 1841, un autre Jean-Pierre en 1843 et Louise en 1846.

C’est Jean Louis prendra la suite de ses parents à la ferme Marracou.

Le père Jean-Pierre Naude-Marracou meurt en 1864 à 62 ans, son épouse vivra jusqu’en 1873. Tous deux sont nés et morts à Pontacq où ils ont toujours résidé dans la ferme dont ils étaient propriétaires.

Cette ferme existe toujours, elle est située sur le coteau bordant le plateau de Ger, sur le quartier répertorié en 1838 dans le cadastre napoléonien « Marracou ». Cette demeure ancestrale a été rénovée avec goût au cours des décennies, tout en conservant son cachet originel ; de par sa situation elle est un magnifique point de vue face à la chaîne des Pyrénées.

L’émigration vers le Mexique

En 1863, sur son registre militaire ; Pierre Naude est marqué absent car il est déjà engagé volontaire dans le 10ème régiment d’Artillerie. C’est à cette époque 1862-1867 que Napoléon III décide une expédition au Mexique pour former un protectorat sur ce riche pays d’Amérique plongé dans une complète anarchie. Cette protection devenait nécessaire devant la politique expansionniste des Etats Unis qui s’était déjà approprié une grande partie du Mexique : Californie, Texas, Nevada… Le débarquement eut lieu à Veracruz et une bataille à Puebla proche du lieu où s’installa Pierre Naude. S’il avait déserté aurait-il était nommé vice-consul ? Je ne le pense pas.

La vie au Mexique

Pierre Naude a épousé Adèle Parizot née vers 1853 à Champdôtre en Côte d’Or. Les terres attribuées à Naude et à la famille Parizot étaient mitoyennes (cf Plan de la colonia de San Rafael en 1894).

La famille d’Auguste Parizot est arrivée au Mexique en 1861. Ils ont quitté le Havre sur le navire « Le Maria ».

De ce mariage naîtront quatre filles : Matilde en 1876, Marie Louise en 1879, Léontine en 1882 et Elodie en 1885. Elles ne seront enregistrées au Consulat français de San Rafael qu’en 1899.

Pierre Naude est décédé à San Rafael en 1905 à 62 ans. Des descendants vivent à San Rafael et à Xalapa au Mexique.

La plupart des colons étaient agriculteurs dans cette région de « terres chaudes » où poussaient le tabac, le café, le maïs, le cacao etc… mais dans la répartition des terres à San Rafael (cf carte) on constate que Pierre Naude possède peu de terres par rapport aux autres ; son beau-père Augustin Parizot en a dix fois plus. Pierre était aussi agent consulaire ou vice-consul de Jicaltepec San Rafael nommé par le Consul de Veracruz, le palois Edouard Sempé.

Dans le livre de Jean Christophe Demard « Rio Bobos, Cuenca Baja » racontant l’histoire de l’intégration française dans cette région on relate le fait que Pierre Naude était chargé, entre autre, de porter leur feuille de route aux jeunes gens en âge de faire le service militaire. En général il recevait un refus, les jeunes gens ne signaient pas et abandonnaient la nationalité française.

Cet ouvrage est surtout consacré aux familles parties de Champlitte en Haute Saône. Ces familles arrivées, vers 1840, dans des conditions épouvantables : tempêtes en mer, épidémie de « vomito negro » à bord, noyades pendant le débarquement et surtout un accueil déplorable par rapport à ce qu’on leur avait promis en Bourgogne : pas de maisons, pas d’outils ; pas de bétail mais des terres marécageuses infestées d’insectes porteurs de maladie dans cette région à la chaleur suffocante à cause du taux d’humidité très élevé. Autre problème : la nourriture composée surtout de farine de maïs.

Jicaltepec

La colonie de Jicaltepec fut créée en 1833 sous forme de Société par M. Guénot, originaire de Champlitte et ex-payeur de l’armée française. Elle s’étend le long du fleuve Bobos, appelé aussi Nautla, dans l’état de Veracruz au sud-est du Mexique.

Vers 1850, après d’énormes efforts, les premiers colons bourguignons ont réussi à défricher ces terres et à les transformer en riches terres agricoles mais en 1861 une effroyable crue du fleuve détruisit dix ans d’efforts. L’année suivante une épidémie de peste noire provoqua la mort de plus de 300 personnes. Ensuite survint l’expédition française et les exactions d’un cacique qui achevèrent le déclin de Jicaltepec. En 1874, découragés, les colons à l’initiative d’un avocat mexicain Rafael Martinez de la Torre qui avait acquis des terres au-delà du fleuve, se regroupèrent sur les deux rives. Il constitua ainsi à partir de la colonie primitive deux colonies : celle de Jicaltepec et celle qui prit le nom de San Rafael en 1881. Les colons s’installèrent sur l’autre rive du fleuve plus protégée. C’est à cette période qu’arriva une seconde émigration de Bourguignons et une émigration béarnaise. Ces jeunes béarnais avaient été recrutés dans les environs immédiats de Pau : Serres-Castet, Sauvagnon, Uzein, Pardies etc…Aucune trace de Pierre Naude dans ces départs.

En hommage à leur bienfaiteur et sous son impulsion, des maisons agréables aux toits de tuiles furent construites et les colons étendirent leurs travaux agricoles à la production de bananes et à l’élevage du bétail.

Tandis que la colonie de San Rafaël se développait rapidement, Jicaltepec périclitait de jour en jour. L’aspect particulier et le contraste présentés par ces deux colonies provenaient de leur situation dans des contrées différentes par leur sol, par leurs lois, leurs coutumes et leurs gouvernements.

Les étrangers ne pouvaient, selon la législation mexicaine, acquérir des terres à l’intérieur d’une certaine zone qui borde le Golfe du Mexique. Ce fut le Président de la République mexicain, Manuel Gonzalès, qui régularisa par un décret du 24 août 1884, la situation des colons propriétaires (Wikipédia).

Pierre Naude et la culture de la vanille

Aux Archives du CACN (Centre des Archives Consulaires de Nantes) est conservé un opuscule écrit par Pierre Naude en 1880 sur la fécondation des fleurs de vanille. Pour cela il s’est inspiré d’un ouvrage déjà existant sur ce thème mais les croquis sont tracés de sa main.

Jicaltepec et le Béarn

Le toit à quatre pentes de la maison Naude et de la plupart des maisons de Jicaltepec San Rafael rappellent l’architecture bourguignonne mais la tuile est béarnaise, c’est la fameuse tuile « picou ». Picou signifiant pointe en béarnais. Quand la terre est encore molle le tuilier, d’un mouvement du pouce soulève une pointe d’argile. Cette pointe sert de crochet pour maintenir la tuile en place.

PS : Le toit de la maison de Naude s’est écroulé récemment mais il va être refait à l’identique car cette région du Mexique est très fière de ses origines françaises.

Un rassemblement franco-mexicain s’est tenu à Champlitte les 17 et 18 septembre 2016 ; 4 Béarnais ont fait le déplacement : 3 de la famille Jaymes-Boué et moi de la famille Naude.

Ileana Diaz Parizot , arrière-petite-fille de Pierre Naude, est la Présidente du Centro cultural de San Rafaël Jicaltepec. La voici à Champlitte signant la Charte du jumelage le 18 septembre 2016.

 

Merci à Leticia et Ileana, deux arrière-petites-filles de Pierre Naude ainsi qu’à J.François Campario pour les photos et les renseignements.
Avec la collaboration de Noël Paradis-Cami, président de l’association Ribère Ousse. Association très active dans la recherche de l’histoire de Pontacq et sa région et dans la sauvegarde du Patrimoine.

http://patrimoine-en-ribere-ousse.fr/

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