Bordes Jean / Tisnes Marie

Dognen / Lay Lamidou

L’émigration n’est pas facile à vivre, on rêve, on part plein d’espoir mais l’appel du pays natal reste vivace même s’il ne peut pas nous fournir la vie que l’on espère. Voici l’histoire familiale de Jean Bordes, émigré en Argentine, revenu en Béarn et reparti.

Jean Bordes est né à Dognen en 1828, sa famille n’est pas aisée, son père Jacques Bordes est journalier et cloutier, sa mère Marie Anne Loustau est ménagère. A cette époque, le cloutier, comme le sandalier, travaillait chez lui, le soir. Dans la pièce à vivre, près de la cheminée, on installe une petite enclume et on vit dans le bruit des coups de marteau pour façonner les clous. Ambitieux et volontaire, refusant cet avenir, Jean émigre en Argentine certainement très jeune.

Le couple Jacques Bordes et Marie Anne Loustau est frappé par le malheur : mariés très jeunes ils ont treize enfants mais quatre seulement survécurent ; neuf décèdent quelques jours après la naissance ou quelques mois ou dans les premières années de leur existence. Malgré les décès et les départs, Jacques et Anne Marie continuent leur vie à Dognen, quittant la forge pour prendre le métier de jardinier ; ils décèdent à quelques mois d’intervalles en 1880 et 1881 à 79 et 74 ans.

Marie Tisnes, née à Lay-Lamidou en 1849, est la cadette et huitième enfant d’une famille plus aisée, ils sont propriétaires, le père est charron ; la mère Magdeleine Domecq dit Larroudé élève ses enfants. Deux filles décèdent : Gracie à 20 ans en 1851 et Magdeleine à 29 ans en 1868. Pour l’époque ces décès sont courants, une infection ou une crise d’appendicite pouvait vous emporter.

Lay-Lamidou est un village du canton de Navarrenx parcouru par des agents d’émigration : les fils Tisnes ne résistent pas à l’appel de l’Amérique. Jean Baptiste, Jacques et Jean émigrent vers l’Argentine en emmenant ou en faisant venir plus tard leur jeune sœur Marie, tandis que Simplice le cinquième enfant se marie à Lay Lamidou. Leur père Bernard Tisnes décède en 1870 à 77 ans et Magdeleine Larroudé la mère en 1882 à 67 ans. Ils n’ont jamais quitté Lay-Lamidou.

En Argentine

Quand on est Béarnais, nés dans le même canton, on se retrouve en Argentine ; Jean Bordes et Marie Tisnes unissent leurs vies à Dolorès, province de Buenos Aires. Jean Bordes, 35 ans, domicilié à Castelli, et Marie Tisnes, 18 ans, prêtent serment et s’installent dans la ville de Saladillo. Saladillo sur les rives du fleuve Salado est située à environ 200 km au sud-est de Buenos Aires ; c’est une région Inondable propice à l’élevage des bovins dont le cuir était très apprécié. Jean avait acquis une bonne situation économique, il possédait des terres, son élevage était prospère et la transformation des peaux rapportait de l’argent.

Dans les années qui suivent leur mariage, Marie accouche de deux fils Santiago et Juan Eliseo puis elle fait de nombreuses fausses couches ; le couple décide de rentrer en France en 1875. D’après l’histoire familiale, ils pensaient que Marie serait plus heureuse et garderait ses bébés ou qu’elle serait mieux soignée par des médecins français.

Dès son arrivée, le couple s’installe à Jasses dans la maison Larroudé où Marie accouche d’un fils Jacques Corneille. Jean Bordes est rentier, il vit des revenus de ses terres argentines et installe sa famille dans la cité fortifiée de Navarrenx. Navarrenx petite ville du Béarn très connue des pêcheurs de saumons est située sur le Chemin vers Saint Jacques de Compostelle. La famille s’agrandit : Aurélien en 1877, Suzanne Louise en 1878, Simplice en 1880 et Amédée en 1884. De ces 5 enfants, deux seulement survivent : Simplice, le grand-père de ma correspondante, et Suzanne.

Depuis 1878, les affaires marchent mal en Argentine et Jean Bordes ouvre une auberge qui lui permet de vivre à Navarrenx. Le 15 février 1885, apprenant que le gérant de leurs biens les vole, ils décident de retourner en Argentine. C’est la ruine, ils n’ont plus rien à Saladillo, ils s’installent à Azul et recommencent une seconde vie. Marie accouche d’une fille Cecilia, elle décède. Pierre et Marie quittent Azul pour Buenos Aires où naît une autre fille Maria qui meurt aussi. Le couple aura perdu cinq enfants répétant le malheur de leurs parents qui en avaient vu mourir neuf.

Leur fils Simplice sera talabartero (qui travaille le cuir) comme l’était son père à Saladillo.

Puis il sera photographe et s’installera, avec son épouse, à Victoria dans la Province d’Entre-Rios où ils auront sept enfants. Patricia Marello sa petite-fille vit à Buenos Aires en Argentine.

 Avec l’aimable collaboration de Patricia Marello, Cristina Moisello et Martine Cegarra.

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