Ichante Joseph

Gurmençon

Joseph Ichante est né en vallée d’Aspe, à Gurmençon, le 24 novembre 1836. C’est l’aîné d’une fratrie de onze enfants. Les parents se sont mariés à Geüs en 1836.

L’époux Jean Ichante a 22 ans, il est né en 1813 à Geüs d’Oloron, fils de Raymond Ichante et de Marie Maysonnave, meuniers à Geüs.

L’épouse Anne-Marie Laborde native de Alos, est la fille de Joseph Laborde et de Jeanne Cournarou, également meuniers à Gurmençon.

Joseph Ichante Laborde

Les meuniers faisaient partie des notables du village, ils se mariaient souvent entre eux. Geüs et Gurmençon sont deux villages éloignés de près de 20 km ce qui est une distance notable pour des déplacements à pied ou en voiture à cheval.

Certainement que ce mariage ne plaisait pas aux parents Ichante car ils n’assistaient pas à la cérémonie mais avaient donné leur consentement par écrit. Jean, le fils aîné, devait être le successeur de son père. La famille Ichante, sans être riche, était dans une bonne position économique, un frère de l’époux était instituteur et un autre Jérôme a émigré en Nouvelle Orléans où il est décédé en 1868 à l’âge de 37 ans.

Sur l’acte de mariage, Jean, l’époux signe ainsi que le père de l’épouse mais pas l’épouse « pour ne savoir ».

Les jeunes époux s’installent à Gurmençon au moulin de Madame Dufraisse, très vite le moulin se remplit de bambins : Joseph en 1836 ; Jean-Pierre en 1838 qui ne vit que 2 ans ; Marie en 1839 ; Etienne en 1841 ; Pierre en 1843 ; Jean-Philippe en 1845 qui meurt au bout de quelques jours ; Jean-Baptiste en 1846 ; Jean-François en 1847 qui décède dans l’année ; Elisabeth Rosalie en 1848 ; Zoé en 1851 et Marie-Josèphe en 1853.

Quel avenir pour les huit enfants en Béarn peu industrialisé et rempli de familles nombreuses vivants sur de petites propriétés ? Joseph choisit l’émigration, un de ses oncles paternels Jérôme Ichante avait déjà ouvert la voie en partant en Nouvelle Orléans en 1850. il sera suivi par Etienne, Pierre et Zoé ainsi que de nombreux cousins Ichante de Geüs émigrés à Buenos Aires.


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Construit au XVIe siècle, le moulin se situe en contrebas du château, sur la terrasse inférieure. Il a connu de nombreux propriétaires et diverses fonctions.

Alimenté par un canal de dérivation amenant l’eau du gave, il est en premier lieu destiné à la mouture, c’est-à-dire à la transformation du blé en farine.

Par la suite, des foulons à draps sont ajoutés pour diversifier l’usage de la force hydraulique. Il s’agit de cuves remplies d’eau et de terre glaise dans lesquelles sont placés des draps de laine qui sont frappés successivement par trois paires de pilons mues par la force hydraulique : cela permet de les adoucir et de les feutrer.

Une papeterie est ensuite mise en place, puis elle fait place, en 1850, à une centrale hydroélectrique. En 1927, la Société des Forces Motrices de Gurmençon est fondée. Maurice Rozan Mazilly, actionnaire majoritaire, se sert de cette centrale pour alimenter sa chocolaterie créée à Oloron Sainte-Marie. Cette dernière est rachetée par Lindt et Sprüngli dans les années 1960.En 1962, la famille Etchegoyen de Mauléon reprend le domaine et en 1976 une nouvelle centrale hydroélectrique voit le jour ; elle continue de produire actuellement.

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Les enfants qui émigrent

Joseph s’embarque à Bordeaux sur le navire Laure, le 13 juillet 1853, il n’a que 16 ans, sa destination est Veracruz au Mexique. Il n’est pas le seul de la région ; deux Basques de 19 ans : Pierre Darmendrail et Baptiste Diharce font partie du voyage ainsi que Jean-Pierre Ferran de Gurmençon 17 ans et Casteig Jean-Léandre de 46 ans. Casteig est un nom de la vallée : Osse ou Lourdios ou Eysus ; est-ce un émigrant ou un accompagnateur payé par l’agent d’émigration ? Ce déplacement de population rapportait gros aux armateurs et aux agents qui qualifiaient ce travail de leur « industrie ».

Le 23 juillet 1857 c’est le tour d’Etienne, lui aussi a 16 ans et part en direction de Veracruz sur le navire Laure ; mêmes caractéristiques quatre jeunes gens de 16 à 19 ans et un homme mûr dans la quarantaine. Etienne est revenu en Béarn, il est décédé à Geüs en 1888, à l’âge de 50 ans, célibataire.

Deux ans plus tard, le 19 septembre 1859 c’est Pierre qui quitte le moulin, il a 16 ans, il part toujours vers Veracruz mais sur le navire France-Mexique. Pierre décède en 1899 à Medellin del Bravo dans l’état de Veracruz au Mexique, il avait 56 ans, il était boulanger et célibataire.

En janvier 1864, Jérôme Ichante, l’oncle paternel, parti tout jeune en Louisiane, revient au Béarn en villégiature avec son épouse Jennie Abraham et ses deux enfants de 8 et 10 ans ; ils reprennent le bateau Marget le 8 juillet 1865 et la famille Ichante en profite pour expédier la petite Zoé qui n’a que 13 ans. Elle sera certainement employée par la famille au service des enfants. Jérôme décède en 1868, trois ans après son voyage, il n’avait que 37 ans.

Quant à Zoé, en 1881, elle épouse Alexandre Godeau en Nouvelle Orléans.

Les Ichante n’ont pas de racines, ils s’éparpillent au gré du vent mais surtout au gré de leurs besoins. L’émigration des jeunes et en particulier des cadets était courante à cette époque, favorisée par la présence d’agents d’émigration installés dans les vallées. La vallée d’Aspe avait une prédilection pour le Mexique ; Joseph Gouaux Laborde né à Oloron vers 1700 en est certainement le premier émigrant. Il s’enrichit par le commerce des métaux précieux, devient Don José de La Borda et fait construire un véritable joyau : l’église Santa Prisca à Taxco.

Et les fils restés au Béarn que deviennent-ils ?

Marie épouse Firmin Moras en 1857 à Oloron et a trois enfants dont deux émigrent au Mexique.

Rosalie épouse Jean Bernard Casenave en 1866 à Oloron, elle a quatre enfants dont au moins un, Théodore s’installe au Chili.

Marie-Josèphe (Joséphine) vit avec sa mère à Geüs , elle est encore célibataire en 1883.

De Jean-Baptiste on ne sait rien.

Un Jean-Baptiste a émigré à Buenos Aires mais comme il y a deux autres familles Ichante à Geüs et à Charritte dont les enfants émigrent, on ne peut rien assurer.

Le père Jean Ichante est décédé à Gurmençon, dans son moulin, le 3 mai 1875 à 61 ans.

La mère Anne-Marie Laborde est repartie à Geüs où elle s’est éteinte le 1er décembre 1883 à 74 ans.

La vie en Argentine

Un descendant Gilberto Ichante de la Fuente pense que Jean et Joseph sont arrivés ensemble au port de Veracruz, peut-être est-ce Jean-Baptiste mais comme la recherche est très floue nous n’en tiendrons pas compte.

Mon correspondant Renán Báez confirme que son ancêtre, Joseph a travaillé dans les mines. C’est l’époque où Joseph Cazaurang de Sainte Marie, entre autres, gérait des mines et faisait venir des jeunes de la région d’Oloron.

Je laisse Renan se présenter, il a étudié et travaillé en France et possède parfaitement notre langue

« Dans les années 1860, Joseph a eu 2 fils avec Mme. Lorenza Luna Calva : Gaspar Ichante Luna et José Ichante Luna. 

Dans les années 1870, il s’est marié avec Mme. Antonia Mendoza, il a eu donc une deuxième famille, ils ont habité la ville de Pachuca, état d´Hidalgo, au Mexique.

Moi, je fais partie de la descendance de Gaspar Ichante Luna, son premier fils avec Lorenza Luna. Son fils Liborio Ichante López, mon grand-père, est né vers 1892, et décède en 1930 ; mon père Liborio Ichante Tinoco, né le 8 décembre 1927, décède le 1 novembre 1997. Moi, Renán Báez (Ichante) je suis né le 13 septembre 1951, j´ai un garçon Luis Alberto, né à la Tronche, Isère, France, en 1983 et une fille Irène, née à la ville de México, en 1987. 

Familia Joseph Ichante – Antonia Mendoza Pachuca Mexico

Voilà, de mon côté, la ligne de descendance de Joseph Ichante Laborde, qui est décédé le 30 novembre 1909, à Pachuca, Hidalgo, où il était minier. »

Puis Renán, chercheur sérieux, me raconte ses résultats, il a pratiquement trouvé toute la généalogie en Béarn.

« Avec toute cette information, je vais construire des arbres, mais pas tous, parce qu’ici, au Mexique, la famille Ichante et les descendants sont nombreux, il va falloir beaucoup d’arbres, ils sont partout. »

Renán veut faire un travail d’historien pas seulement de la généalogie qui pour certains se résume à une collecte de noms et de dates.

« Il est très intéressant d´’étudier la vie de Joseph Ichante Laborde, car il est arrivé au pays à un moment très compliqué au XIX siècle, après l’indépendance du Mexique en 1821, la lutte entre les conservateurs et les républicains, la guerre des « gâteaux » avec la France dans les années 1850 et après l’intervention française 1862-1867, avec Napoléon III et Maximilien, battus par les forces républicaines mexicaines. Pendant cette période difficile, comment se passait la vie de la Colonie française au Mexique et, en particulier, celle de Joseph Ichante, peut-être a-t-il collaboré avec l’Empereur, l’armée française, on ne le sait pas ! »

Les descendants des émigrants français au Mexique racontent que leurs ancêtres ont brûlé leurs papiers d’identité mais je pense que les Français essayaient d’attendre que l’orage se calme car aucun ne voulait revenir en France. Pierre Naude de Pontacq, soldat napoléonien, a même déserté, s’est marié avec une Française venant de Champlitte (Haute Saône) et est devenu vice-consul. Sa descendance est mexicaine.  

Puis il évoque Etienne et Jean Baptiste sur lesquels il continue à chercher ; pour lui, Jean Baptiste a aussi choisi le Mexique. Mais le plus intéressant c’est que Renán sera en Béarn à la mi-octobre avec l’espoir de rencontrer de nombreux « cousins » et de visiter les lieux de vie de ses ancêtres.

Avec l’aimable collaboration de Renán Báez, Mexicain.


Un peu d’histoire

La guerra de los pasteles. En 1838, des Mexicains font une fête ou une révolution à Mexico dans un restaurant français, ils détruisent le mobilier du restaurant et mangent tous les gâteaux. Le restaurateur français demande une indemnisation au gouvernement mexicain. Celui-ci refuse mais il y a de plus en plus de dégâts dans les commerces français. Devant les plaintes de l’ambassadeur, le gouvernement français, sous les ordres de Louis-Philippe, envoie une flotte devant Veracruz où a lieu une bataille navale. L’Angleterre sert de médiateur, les Mexicains paient 600 000 pesos, l’armée française se retire mais la haine contre la France est générale au Mexique.

En 1862, sous couvert de calmer les rivalités entre les deux partis politiques opposés au Mexique, mais en réalité pour essayer de profiter des richesses du pays, l’Empereur Napoléon III envoie l’Armée Française essayer d’installer un prince européen, Maximilien, sur le trône du Mexique. Le peuple mexicain qui venait d’acquérir son indépendance vis à vis de l’Espagne et qui n’aimait pas les Français depuis le « guerra de los pasteles » s’est battu avec courage et détermination pour chasser l’armée Française et fusiller Maximilien.

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