Caux Jean « Cataline »

Béarn /Catalogne

Contactée par Jean Marc Roger, un Français vivant temporairement à Vancouver, je me suis passionnée pour ce personnage. C’est bien un personnage puisque dans son pays d’adoption, la Colombie Britannique à l’ouest du Canada, un documentaire « Légende de Cataline » a été tourné en 2002 par la réalisatrice et productrice Sylvie Peltier.

Il est courant que les émigrants soient appelés par leur origine « el vasco » « el gallego » donc « Catalin » doit être « Catalan » avec l’accent canadien.

On le dit né à Oloron mais après vérification de l’état-civil de cette commune et de toutes les communes de l’arrondissement, cela est faux. Deux raisons à cette erreur : le fait qu’un enfant Caux soit né à Oloron en 1821 décédé 3 ans après, et surtout la rencontre au Canada entre Jean Caux et Joseph Castillou, ce dernier vraiment Oloronais.

Je pense tout de même qu’il est un des fils cadet du couple Joseph Caux et Marie Conté, les deux originaires de Fougax, canton de Lavelanet en Ariège. C’est à Fougax devenu Fougax et Barrineuf que ce couple s’est marié en 1816.

Joseph a 30 ans et Marie 25, il est fils de peignier, elle de charbonnier, des gens du peuple. Joseph est aussi peignier ou faiseur de peignes, les peignes étant les parties métalliques munies de dents du métier à tisser ; cela explique sa venue à Oloron, région de tissage de la laine des moutons et peut être du lin.

Ce qui est sûr c’est qu’en 1857 sont arrivés à New York deux jeunes Français appelés les deux Jean Caux l’un a 21 ans, l’autre 19 ans. Ils ont embarqué au Havre sur le bateau Mercury. Ce bateau n’est pas français, il est passé au Havre, de nombreux passagers sont originaires de Bade certainement Bade-Wurtemberg en Allemagne. Le bateau serait américain.

Voilà nos deux jeunes gens à New York, certainement en transit car 1857 c’est la fin de « la ruée vers l’or » en Californie mais on rêve encore. Tout laisse à penser que les deux frères ont rejoint la côte ouest, Jean « Cataline » a travaillé avec des Mexicains et son frère a dû y fonder une famille car le nom Caux a des descendants vers San Francisco. Jean « Cataline » serait l’aîné, né vers 1836, son vrai prénom serait Jean-Jacques ; l’autre Jean, né en 1838, s’appellerait Pierre et effectivement on trouve la naturalisation d’un Pierre Caux en 1887 en Californie mais le document donne tellement peu de renseignements qu’il est difficile d’affirmer.

Au Canada

Jean Caux « Cataline » entre au Canada en 1859. Il ne sera pas chercheur d’or mais « packeteur » c’est-à-dire transporteur de marchandises à dos de mules sur des sentiers montagneux pour ravitailler les mineurs et les chercheurs d’or qui sont installés dans des régions ne possédant ni routes ni chemin de fer. Le packeteur est responsable de son chargement, de ses animaux, il doit avoir la confiance des hommes qu’il emploie et des Indiens autochtones des régions traversées.

Ce beau texte trouvé sur le lien suivant vous contera mieux la vie de cet homme d’exception.

https://www.csf.bc.ca/legrandordinaire/Mediatheque/textes/ecrits/personnage/CATALINE.htm

Texte publié dans le Chronographe, revue de la Société historique franco-colombienne

« Parmi les personnages presque légendaires qui ont joué un grand rôle dans l’ouverture du Nord et de l’intérieur de la Colombie Britannique. Jean Caux, mieux connu sous le nom de Cataline, est un des plus romantiques et des plus colorés. Venu en Colombie Britannique vers 1859, il a, pendant plus de cinquante ans, été responsable d’un « pack-train » dans la région d’Hazelton et de la rivière Skeena. Le premier et dernier « packeteur » de la région. On se souvient de lui comme d’un homme prodigieusement fort, ayant une mémoire extraordinaire, scrupuleusement honnête et grand ami des Indiens. De plus, légendes et histoires accompagnant son nom révèlent un homme sympathique et plus généreux que la moyenne. Des témoignages de personnes qui l’ont connu personnellement, comme l’officier Sperry Cline et le juge Henri Castillou, nous aiderons à découvrir Cataline, car ne sachant ni lire ni écrire il n’a laissé derrière lui aucun papier.

ORIGINE DE CATALINE

On a dit de lui qu’il était mexicain, espagnol ou français, mais Jean Caux, nous dit le juge Henri Castillou dont le père a été le partenaire de Cataline, est né dans le royaume de Béarn près de la Catalogne. On l’a surnommé Cataline à cause de cette proximité géographique. On ne sait rien de sa naissance ou de sa vie avant son arrivée en Colombie Britannique vers 1858-59. Cataline et Joe Castillou s’étaient rencontrés sur la piste entre Yale et Teslin Lake dans l’Omineca.

SON APPARENCE ET SON LANGAGE

Il était un homme pas très grand avec des épaules carrées, un torse puissant et une taille mince. Il s’habillait toujours de la même façon : pantalons de grosse laine, bottes de cheval, foulard de soie autour du cou et chapeau à large bord. Quand il traitait avec les Indiens il portait une chemise blanche, la même qu’il avait portée durant tout le voyage, un collet jauni, une petite cravate, un chapeau français, un manteau verdi par l’âge et autour de la taille une ceinture de cuir d’environ dix pouces de large que les Indiens appelaient son corset. Cataline était particulièrement fier de son abondante chevelure noire qui lui tombait sur les épaules, il attribuait la beauté de ses cheveux au rhum et brandy avec lesquels il frottait régulièrement son cuir chevelu.

Jean Caux qui n’avait aucune éducation parlait le béarnais, très peu de français, un peu d’espagnol et un peu d’anglais. Il utilisait, pour communiquer, un langage de son invention composé de mots indiens, chinooks, espagnols, français et anglais. Il avait un vocabulaire que personne ne pouvait réellement comprendre, il parlait très vite et gesticulait beaucoup. Comme il ne savait ni lire ni écrire il était doué d’une mémoire prodigieuse; il pouvait, paraît-il, se souvenir de la position exacte de chaque item dans un train de mules, calculer toutes ses dépenses, payer ses hommes et régler ses comptes de mémoire sans jamais se tromper.

SA CARRIÈRE DE « PACKETEUR »

Son succès comme « packeteur » est attribué à son honnêteté et à sa fiabilité. Il avait la réputation de ne jamais perdre un chargement et de toujours remplir ses contrats. Une autre cause de sa popularité était son amitié avec les Indiens. Plusieurs « packeteurs » perdaient tout leur équipement parce qu’ils ne traitaient pas les Indiens avec justice. Mais ceux-ci respectaient Cataline, car il les traitait en égal et ne les trompait jamais. Par exemple, quand certaines tribus manquaient de nourriture il s’organisait toujours pour leur en apporter. L’officier Cline nous dit que ses deux traits les plus remarquables étaient son sens de l’humour et sa théorie que tous les hommes sont égaux.

Jean Caux a commencé sa carrière vers 1859. A cette époque, de l’or avait été découvert dans la région Est de Babine et Takla Lake. Au début le transport était fait par les Indiens à l’aide de sac à dos, puis les pistes s’améliorèrent et les trains de mules sont apparus. Hazelton, était le centre de ces activités et Jean Caux couvrait le territoire entre Yale et Hazelton.

Les trains de mules étaient habituellement composés d’une centaine d’animaux spécialement entraînés pour cette tâche. Les chevaux transportaient environ deux cent livres chacun, et les mules, qui ne se fatiguent pas aussi facilement transportaient jusqu’à cinq cents livres. Les mules peuvent également marcher le long d’étroits sentiers de montagnes mieux que les chevaux. Généralement les « packeteurs » étaient debout vers trois heures du matin: les animaux devaient être chargés avant que les mouches ne sortent, car les insectes rendaient les chevaux et les mules difficiles à charger. Chaque animal avait sa place et à chaque dizaine se trouvait un homme à cheval, le contremaître se promenait d’un bout à l’autre du train, et le cuisinier était toujours en avance pour préparer le camp et un repas chaud pour l’arrivée des hommes et des bêtes.

L’art et la technique des « pack-trains » avait été apportés au pays par les Mexicains. Ceux-ci étaient de vrais experts et apportèrent avec eux plusieurs termes espagnols : corregidor, stevedore, segundo, corna, et aparejo. Le « segundo » de Cataline était un homme moitié noir moitié Indien, dont le nom était Dave Wiggins. Son père, paraît-il, était un noir venu au tout début à la Montagne Pavillon et qui vivait dans une grotte. Le rôle de Dave était de s’assurer que tout l’équipement était en bon état ; il était habituellement occupé à réparer les selles et harnais.

Quand Caux traitait avec les Indiens le « segundo » lui faisait une chaise de bois et de peau; il s’habillait toujours spécialement pour l’occasion. Le juge Castillou raconte comment Cataline traitait avec le chef Nahanni : « Nous autres, les « pas-lavés, » nous étions assis sur le sol. Le chef Nahanni, prit un billet de dix dollars et il alluma le billet. Cataline transportait toujours de gros cigares. Et il ne fumait le cigare qu’en des occasions spéciales. Avant que le commerce ne commença le chef mit un billet dans le feu et alluma le cigare de Cataline… et laissa le billet brûler devant les gens assemblés. L’Amitié est plus importante que la Richesse. Et le commerce commença. Une fois le commerce commencé, certainement, toutes les règles étaient oubliées. »

On raconte de nombreuses histoires à propos de Cataline sur la piste, par exemple Sperry Cline raconte qu’en 1898 le gouvernement avait décidé d’envoyer deux cents soldats au Yukon pour aider à maintenir l’ordre pendant la ruée vers l’or. Cataline avait été choisi pour les accompagner. L’officier en charge insistait pour que tout soit fait selon les règles militaires. Lui et Cataline divergèrent d’opinion aussitôt. Le commandant n’aimait vraiment pas être appelé « boy » en la présence de ses hommes – Cataline appelait tout le monde « boy » –. Le principal sujet de désaccord entre les deux hommes était le clairon militaire : « Alla tima blowa da buga, scara da mule, no gooda. » (« Tout le temps tu sonnes le clairon, ça fait peur aux mules c’est pas bon. ») Chaque jour Cataline et l’officier avaient des disputes à cause du clairon. La piste était très difficile et un jour une mule tomba, les soldats essayèrent de la relever mais sans succès, en désespoir de cause l’officier se tourna vers Caux : « Monsieur Cataline, qu’allons-nous faire maintenant » et Cataline répondit : « Blowa da buga, blowa da buga » (sonne du clairon, sonne du clairon).

Une autre histoire est qu’il avait une si bonne circulation sanguine qu’il ne sentait pas le froid, et plusieurs l’ont vu dormir le long de la piste étendu sur son manteau sans couverture par des nuits de gel. Il portait les mêmes vêtements, été comme hiver, et allait toujours nu-pieds dans ses bottes de cheval.

SA RETRAITE ET SA MORT

En 1912, il fit son dernier voyage, il était paraît-il âgé de 80 ans. Il vendit son train de plus de cinq cents animaux à un dénommé Georges Beirnes. Celui-ci avait une petite cabane sur son ranch et c’est là que Caux vécu les dernières années de sa vie. Quand il fut trop vieux pour s’occuper de lui-même, il rentra à l’hôpital où il mourut sans souffrance en 1922. »

Voilà qui était Jean Caux, certainement sans éducation et sans instruction, il savait seulement signer « Jean Caux » mais avec un immense bon sens qui manque quelquefois à des gens très éduqués et très instruits. Cataline était honnête, consciencieux, respectueux et respecté de l’Indien comme du Blanc (en cas, il portait toujours un couteau dans sa botte), plein d’humour d’où sa réponse au gradé « blowa da buga ». Blowa ou « Bouha » c’est « souffle » en béarnais ou catalan qui sont des idiomes frères. Dans son langage, il mélangeait aussi le chinook qui était la langue des Amérindiens de la côte Pacifique du Canada.

Jean Caux était un travailleur infatigable mais c’était aussi un joyeux luron quand il arrivait à Hazelton il faisait la fête avec l’alcool et les femmes.

En 1876 à Wrangel en Alaska, il se lie avec une Indienne Mary qui lui donne une fille Clémence Caux, répertoriée au recensement de 1891 à Vancouver. Clémence épouse Anton Lynn mais leur fils Frédérick, né en 1901, décède sans descendance.

Plus tard à Spuzzum, il épouse Amelia York ; ils auront deux ou trois enfants dont Cataline ne s’occupe que très peu mais il est resté en contact avec Amelia à qui il envoie régulièrement des pièces d’or en forme d’aigle.

Cataline est donc décédé en 1922, il avait exactement 86 ans, son corps repose au Cimetière Gitanmaax à Hazelton. Les citoyens de la ville ont fait édifier une statue en souvenir de cette figure légendaire

PS : Il n’aurait apparemment jamais porté de chaussettes, même dans les hivers les plus froids. Cline, ami de Cataline à Hazelton, se souvient d’un mois de janvier particulièrement froid et glacé ; lorsque Cataline est entré dans le magasin de la baie d’Hudson et a demandé une paire de chaussettes épaisses en laine, les têtes se retournèrent et les habitants se demandèrent si le vieux Cataline avait enfin froid. Mais avant de quitter le magasin, il mit ses nouvelles chaussettes par-dessus ses bottes en cuir ; sans aucun doute pour éviter de glisser sur la glace.

Sacré Cataline !!!

Avec l’aimable collaboration de Jean-Marc Roger.

Renseignements et photos pris sur divers sites Internet

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