Emigration basque en Amérique latine

Bayonne 5 et 6 juillet 2021 – IUT Bayonne, Université Bordeaux Montaigne

Après avoir retrouvé la famille de mon mari en Amérique Latine et après plusieurs voyages surtout en Argentine et Uruguay, je me suis passionnée pour le thème de l’émigration.

Celui qui ne l’a pas vécu peut difficilement ressentir la joie et l’émotion éprouvées à la rencontre de cousins dont on ne soupçonnait même pas l’existence. J’ai voulu que d’autres connaissent ce bonheur et je me suis lancée, à corps perdu, dans cette aventure. Le problème des descendants avides de retrouver leurs racines, venait du fait qu’ils ne connaissaient pas le village d’origine de leurs ancêtres émigrés entre 1840 et 1900.


Grâce à Josette Solan, habitant Nantes et familière du CADN, Centre des Archives diplomatiques de Nantes et avec l’aide de deux amies de la région parisienne Miquette Stocklet, décédée, et Nicole Lagouarde nous avons entrepris un travail titanesque que Josette avait déjà bien commencé : photographier tous les registres d’immatriculation d’Amérique Latine : 57 000 photos.

Comme je partais en Argentine j’ai porté les CD (temps préhistorique de l’informatique) à l’Argentine Daniela Massolo et Genfrancesa est née. Pour nous, ces pages retraçant l’aventure de leurs ascendants, appartenaient plus aux Latinos qu’aux Français.

Après divers problèmes avec la CNIL et le CDAN, Daniela a dû retirer des pages que nous conservons dans nos ordinateurs. Ces registres ont été le grand boom des demandes de recherches ; ils ont été copiés, pillés, pas vendus j’espère, sans presque jamais donner la source. Pour la plupart de utilisateurs c’est le CDAN qui les a numérisés et publiés alors que nous avons dû nous battre pour qu’ils restent dans Genfrancesa. Ils contiennent des renseignements primordiaux, la filiation, le date et le lieu de naissance, le port de départ et la date d’embarquement etc…

Pour nous, les « 4 mosqueteras », le but était atteint, les Latinos connaissaient leurs racines et une grande amitié était née.


Mais pour que tous ces documents soient facilement exploitables, il fallait les lister. Avec l’aide d’Anna Lalanne, nous avons établi les listes de émigrants partis des Hautes et Basses Pyrénées plus quelques-uns des Landes et de la Gironde mais ces départements n’étaient pas des lieux d’émigration. Sur la lancée, nous avons aussi listé les registres militaires du 64 et du 65, les listes de passeports à Bordeaux et à Tarbes (le 64 n’en a pas). En ajoutant les recherches sur Internet et les listes qui m’ont été offertes par des Français et des Latinos j’ai récolté près de 100 000 noms d’émigrants du 64 et du 65. Roland Antalick de Visas en Bordelais a eu la gentillesse de me proposer de créer le site « emigration-pyrénées » en 2017. Je devrais y ajouter près de 30 000 autres noms, car pour trouver les femmes et filles émigrées, j’ai épluché plusieurs registres de Mutations par décès autant en Béarn qu’au Pays basque.


Pendant ce temps, les demandes de recherches affluaient et affluent, environ 5 à 8 par semaine. Quand je peux répondre positivement, certaines personnes sont tellement heureuses qu’elles veulent partager leur émotion en m’envoyant de belles photos anciennes qui m’émeuvent toujours et l’envie d’écrire leur histoire est venue.

D’autres, malheureusement maintenant la majorité, ne remercient même pas ; mais peu importe, je les oublie rapidement.

Comme dit l’en-tête de « emigration 64 » Un jour, souvent très jeunes, ils ont pris le bateau. Beaucoup n’ont jamais fait le voyage de retour, je les ramène chez eux dans leur Béarn et leur Pays Basque.

Ce site commencé il y environ 10 ans contient 165 histoires de vie, environ 1/10 des recherches abouties : 1660 à ce jour. Ce site a du succès dès que je n’écris plus je reçois « que se pasa ? »

Accompagner des gens dans leur recherche est un travail fascinant et plusieurs sont devenus des amis. Je n’en citerai que quelques-uns : Francisco jeune argentin de New York, arrivé en novembre, cherchant la route de Lantabat en pleine nuit et ne la trouvant pas. Il connait toutes les maisons de St Jean Pied de Port, le voici devant la porte de la maison de ses ancêtres Andragnes bâtie en 1664. Il va bien sûr, l’acheter à la retraite mais comme il n’a pas encore 45 ans…

Susana Pervieux de La Plata touchant la porte de la maison fermée de Banca, un dimanche pendant que les cloches sonnaient. Souvent elle a revu ce moment en rêve et voudrait tellement revenir…

Liliana Errecalde : une journée torride d’août à Ossès pas la moindre idée de la maison qu’elle cherchait, pas un chat sur la place. Eureka Mr Chouchourou apparait, par une chaîne de connaissances en moins d’une heure nous retrouvions la maison et le cousin et buvions un café bien que nous n’ayons pas déjeuné… et Liliane pleurait et ramassait de la terre et des petits cailloux.

Il y a ceux qui n’ont pas pu venir : Marie Etchart, vivant en Basse Californie au Mexique, dont le père avait quitté Lasse. Marie était âgée, pour elle j’ai écrit en espagnol, elle l’a faite imprimer et l’a glissée dans son missel.

Jean Chuburu de Necochea qui depuis dix ans rêve de voir Sainte Engrâce le village de son père mais en premier il voulait élever ses trois fils. Je l’attendais enfin en avril 2020 mais le Covid est venu tout perturber.

C’est aussi cela l’histoire de l’émigration. Les émigrants sont décédés mais les souvenirs restent…


Il y a quelques années, lors de la création du Musée Chemins Bideak à Saint Palais, j’ai reçu un appel téléphonique de Beñat Achiary me disant : votre travail nous intéresse nous voulons aménager une salle sur l’histoire de l’émigration. Ravie que l’on m’offre quelque chose sans rien demander j’ai répondu « prenez tout ce qui vous intéresse à condition de citer la source » …et la salle existe au Musée. On y trouve un panneau évoquant mon travail de « émigration64 », une video retraçant l’histoire des ascendants de mon amie Gratianne Erriest maintenant décédée et une console directement branchée sur mon site « emigration-pyrénées ». Merci aux organisateurs.


Tout ce travail est ma passion et ma joie, même si quelquefois, je dis « j’arrête » mais au bout de deux semaines je m’ennuie et ça repart.

Je ne peux faire ces recherches que grâce au travail des associations dans lesquelles des centaines de bénévoles épluchent les registres d’Etat Civil et établissent des listes et des listes que les associations mettent gratuitement à notre disposition. La plupart de ces associations sont regroupées sous l’égide de la Fédération de Généalogie des Pyrénées-Atlantiques. Association chaleureuse et active qui a organisé deux rencontres sur le thème de l’Emigration : l’une aux Archives de Bayonne en 2015 et l’autre dans les locaux du Conseil général de Pau en 2017. En juin 2021, cette association vient de sortir une revue de plus de 200 pages sur le thème de l’émigration dans le canton de Lagor en Béarn.

L’émigration basque, béarnaise ou bigourdane est un sujet qui intéresse de plus en plus.

1 réflexion sur « Emigration basque en Amérique latine »

  1. Karin Black

    Es maravilloso el trabajo hecho, no sabia de mis ancestros del País Vasco Frances hasta que arme mi árbol genealógico, Lamento haber perdido el contacto familiar a través de mis ancestros…. no saber de la historia para compartirla, no tener fotos para ver sus rostros…. Gracias por acercar toda esta información, me permite reconstruir parte de mi historia ….

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