Portatiu Covarrubias José Maria


Lasseube et Cadix

José Maria Covarrubias (1806-1870)

José Maria Covarrubias est né en 1806 à Cadix, port d’Andalousie, en Espagne, fils de Jean-Pierre Portatiu de Lasseube, canton d’Oloron en Béarn, et de Marie Dolores Martin de Frias, espagnole de Malaga. Bien que né à l’étranger, il passera son enfance, son adolescence et une partie de sa prime jeunesse au milieu des petits Béarnais de Lasseube.

Qui était son père : Jean-Pierre Portatiu Cabarrouy ?

Né en 1754, dans une famille plutôt aisée, le père de Jean-Pierre Portatiu est cabaretier mais en même temps négociant, commerçant. A cette époque où la population paysanne vit en autarcie, c’est à l’auberge que l’on peut acheter du vin mais aussi le sucre, le café, des ustensiles, des outils.

Les émigrants partis au XIXe quittaient le pays car il n’y avait aucun avenir pour eux ; vers 1780 Jean-Pierre Portatiu a émigré en Espagne avec l’idée bien établie de faire du commerce. Comme plusieurs autres Béarnais, il a choisi Cadix le port de commerce le plus prospère de l’Espagne où débarquaient les navires venant des Indias : Amérique centrale et Amérique du Sud, navires chargés de métaux précieux, de sucre, de café, de cacao toutes ces denrées si convoitées par l’Europe.

Très vite la vie des Français est devenue difficile en Espagne dont la Royauté n‘appréciait pas les idées révolutionnaires françaises ; seuls les Espagnols avaient le droit de faire du commerce mais Jean-Pierre Portatiu, malin comme un bon Béarnais, a espagnolisé son nom maternel Cabarrouy (tête rouge) en Covarrubias. En 1795, il obtient des « lettres de nationalité », ses affaires sont florissantes, il vit dans un bel appartement de Cadix et certains documents laissent penser qu’il n’a aucun projet de retourner en France.

Mais le destin en décide autrement, en 1803, a presque 50 ans, il épouse Maria Dolores Martin de Frias, née en 1775 à Malaga. Trois garçons naissent : Camillo Covarrubias de Frias en 1803, Jean-Pierre Charles Joachin en 1804 et José Maria en 1806.

Le malheur frappe la famille en 1807 quand Maria Dolores Martin de Frias décède laissant trois petits orphelins de 1 à 4 ans. Le mauvais sort s’acharne sur Jean-Pierre Covarrubias avec l’entrée des troupes napoléoniennes en péninsule ibérique ; pour échapper à la fureur populaire il doit s’enfuir en laissant ses trois fils à la famille maternelle. Il rentre à Lasseube, achète des terres et fait prospérer son avoir.

En 1815, Jean-Pierre décide de se remarier avec la fille du notaire local Marie-Thérèse Escoubet, née à Lasseube en 1789. Il a 61 ans et son épouse 26 ; trois enfants voient le jour.

André François Antoine Portatiu Covarrubias en 1815, Catherine Embroise Luce en 1817 et Claire Marie des Douleurs en 1818.

En 1814, sur le point de fonder une nouvelle famille, Jean-Pierre Portatiu Covarrubias décide de rapatrier ses trois aînés en France. Marie-Thérèse, sa jeune épouse, réussira à gagner leur affection malgré le choc émotionnel de ce changement, ils ont entre 9 et 12 ans.

Jean-Pierre ne reviendra jamais en Espagne, il décède en 1833 à Lasseube à l’âge de 78 ans.

Les enfants de Jean-Pierre Covarrubias

Avoir vécu dans une famille espagnole aimante dans une grande ville cosmopolite et arriver chez un père inconnu au milieu d’étrangers parlant une autre langue, a dû être perturbateur pour ses enfants mais cela leur a peut-être donné une grande faculté d’adaptation. On retrouvera José Maria au Mexique puis en Californie donnant toujours l’impression d’être chez lui.

A Lasseube, son père peut mener une vie aisée de rentier mais la fortune est insuffisante pour assurer des biens aux 6 enfants.

Camillo est archiviste au Conseil d’Etat à Madrid, il rentrera à Lasseube quand celui-ci sera supprimé en 1834 et s’emploiera à racheter les propriétés familiales grevées de dettes. Il décède à Lasseube à 75 ans, il n’a qu’une fille de son épouse Jeanne Bordenave.

Jean Pierre s’engage dans l’Armée où il fait une belle carrière en Espagne, en Afrique et en Orient et qu’il termine Commandant à Toulouse. Il décède à Lasseube à 84 ans. Il a épousé Marie-Caroline de Nays-Candau, petite fille d’un notable, Bertrand de Nays-Candau, chevalier de Saint-Louis et maire d’Orthez.

José Maria s’embarque, à 23 ans, en 1829 sur le navire Antigone quittant le port de Bordeaux en direction de Vera Cruz au Mexique.

André montera un commerce de laines à Saragosse.

Catherine Luce et Claire ou Clerisse restent célibataires. Catherine Louise décède à Lasseube en 1904 à 87 ans, elle vivait de ses rentes.

José Maria Covarrubias au Mexique

Lorsqu’il arrive en 1829, le Mexique est au début de son Indépendance acquise sur le Royaume d’Espagne en 1821 après une guerre de dix ans menée par les Criollos (Espagnols nés au Mexique) contre les Espagnols natifs de la Péninsule.

Arrivé à Veracruz le 1er décembre 1829, il écrit une lettre à son frère Camilo mais ensuite s’écoulent une dizaine d’années de vide épistolaire ce n’est qu’en 1839 qu’il écrit à son notaire à Lasseube ; il est installé à Monterey en Californie sur la côte du Pacifique. Quelles ont été ses activités pendant cette décade ? certainement du commerce comme son père mais sans une vraie réussite.

En 1839, la Californie (calida fornax, fournaise ardente) est mexicaine et Monterey en est la capitale. Cette région fut peuplée d’Indiens dont la civilisation était beaucoup moins avancée que celle des Mayas et des Astèques. Des 1700, les Espagnols envoyèrent des religieux jésuites dans le but de civiliser et de convertir ces « sauvages » Mais en fait, ils servirent de main d’œuvre et ce fut le début des « Missions ». « Les Indiens, convertis par les « bons pères », cultivaient le sol et travaillaient pour ces derniers à peu près comme les Noirs dans le même temps pour les planteurs de la Louisiane et des Carolines. » (Imago Mundi Université libre).

Après l‘indépendance, la prospérité des Missions déclina, le gouvernement mexicain étant en faveur de leur nationalisation ou sécularisation. Pour cela, il envoie des familles mexicaines volontaires en Californie et leur donne des terres à exploiter.

C’est ainsi que José Maria Covarrubias s’installe dans la région comme instituteur puis il devient administrateur de la Mission de Santa Inés. Entouré d’amis politiques et pour montrer ses sentiments patriotiques il donne une grande fête le 16 septembre 1836, anniversaire de l’Indépendance mexicaine.

Les édiles de Monterey étaient au contraire favorables à l’Indépendance de la Californie. José Maria Covarrubias naviguait facilement entre les deux tendances, recevant sa naturalisation mexicaine des mains de l’un, tout en affirmant qu’il soutient le mouvement indépendantiste.

En 1838, il épouse Maria del Espiritu Santo Carrillo dans la Mission de Santa Barbara, la plus belle et la plus prospère de la Californie. Ce mariage lui ouvre des horizons politiques car sa belle-famille est une des plus puissante de Californie. Mais il n’y a pas que des avantages ; très vite après son mariage, il doit s’enfuir pour ne pas être emprisonné comme « rebelle au gouvernement de Monterey ».

Cela ne l’empèche pas, par la suite, d’occuper des postes importants : gouverneur de Monterey, électeur de Santa Barbara… Santa Barbara est un bastion de loyalisme envers le Mexique mais après avoir rencontré Charles Frémont, un officier américain, il est convaincu qu’il faut coopérer avec les Etats Unis. Ce ralliement relance sa carrière politique. « Il est élu délégué pour Santa Barbara et San Luis Obispo à la Convention chargée, à l’appel du gouverneur, le général Bennett Riley, de rédiger une constitution pour la Californie » en 1849.

Cinquième à gauche

A la suite de l’établissement de la Californie comme Etat américain, J-M. Covarrubias fut élu cinq fois consécutives comme député à la chambre des représentants du « Congrès » de Californie, intervenant souvent pour préserver les intérêts des sud-californiens d’origine mexicaine ou plus largement hispanique, et en 1852 il fut nommé «Grand électeur» de Californie pour l’élection présidentielle, en faveur du candidat démocrate Franklin Pierce, qui fut élu président (14e président de l’histoire des Etats Unis).

En 1849, le drapeau étoilé flotte sur Monterey et la Californie devient le 50e état des Etats-Unis d’Amérique.

Les Mexicains, battus partout, doivent signer le traité de Guadalupe Hidalgo en 1848. Les Etats-Unis annexent le Nouveau-Mexique et la Nouvelle-Californie soit la moitié du territoire mexicain contre la somme dérisoire de 15 millions de dollars.

Pour la carrière politique de José Maria Covarrubias, lire le Mémoire d’Annick Foucrier.

José Maria Covarrubias et Henri Cambuston, deux Béarnais à la conquête de la Californie au XIXème siècle. https://www.mexicofrancia.org/articulos/p28.pdf

De 1849 à 1855, la Californie connut sa « Ruée vers l’or ou Gold Rush », qui entraîna une vague d’immigration, de France et du Béarn. Pendant cette période, le frère de José-Maria, Camilo Covarrubias vivant à Lasseube, lui avait signalé, par lettres la personnalité de certains béarnais émigrants qui rejoignaient la Californie dans l’espoir de trouver de l’or (page 30 du mémoire d’A. Foucrier).

La vie familiale de José Maria Covarrubias

Après son mariage avec Maria del Espiritu Santo Carrillo naissent plusieurs enfants à Santa Barbara :

Nicolas Antonio en 1839, Onesime Miguel en 1841, Maria Amelia en 1845, Maria Dolores en 1848, ; Camillo en 1849, Clarissa en 1851 Pascalina en 1853 et Georges Washington en 1857. Prénom en l’honneur du Président.

José-Maria Covarrubias était un homme comblé et riche, il posséda le ranch Castec ou Castac au nord de Los Angeles dont les terres s’étendaient sur 9 000 hectares. Le Rancho Castac a été accordé, par le gouverneur Micheltorena en 1843, à l’instituteur et fonctionnaire du gouvernement José-María Covarrubias. Le traité de Guadalupe Hidalgo de 1848 prévoyait que les concessions de terres existantes seraient honorées. Comme l’exige le Land Act de 1851, une réclamation pour Rancho Castac a été déposée auprès des États-Unis (Commission des terres publiques en 1853) et la concession a été brevetée à Covarrubias en 1866. (pages 14, 25 et 26 du mémoire d’A. Foucrier)

Il posséda aussi l’île de Santa Catalina d’une étendue de 18 000 hectares, située en face de Los Angeles (Île Santa Catalina (Californie) — Wikipédia (wikipedia.org)

José Maria se disait né en France alors qu’il est né à Cadix par contre ses enfants ne sont jamais venus rendre visite à leur oncles et tantes à Lasseube. Un cousin américain a daigné rencontrer André …à Biarritz.

José Maria n’a jamais coupé les ponts avec sa famille française, en 1849 il envoie des photos de ses enfants et parle de tout vendre à Santa Barbara pour rentrer en France mais sans suite.

José Maria a exercé les professions d’avocat, d’instituteur en 1834, de général d’armée en 1837 et d’homme politique au Mexique puis aux Etats-Unis tantôt chez les Démocrates, tantôt chez les Républicains. Une vie bien remplie !

Il est décédé en 1870 à Santa Barbara à l’âge de 64 ans.

Une destinée presque identique est celle Jean-Baptiste Pauzat. Armateur de l’Antigone, navire sur lequel s’embarqua José-Maria Covarrubias, en 1829 à Bordeaux pour rejoindre Vera Cruz. Jean-Baptiste Pauzat est né à Issor en Béarn vers 1770, il part faire du commerce à Bordeaux puis à Cadix. Certainement pour les mêmes raisons que Jean- Pierre Portatiu, il espagnolise son nom en Zuñiga, s’expatrie au Mexique où il se marie avec une Mexicaine Jeanne-Marie Torres i Millan. Lui ne se lance pas dans la politique mais il fait du commerce avec plusieurs pays : Bordeaux, Cuba, Espagne… et revient à Bordeaux où il décède en 1839, riche négociant armateur.

https://geneapauzat.blogspot.com/2013/06/jean-baptiste-pauzat-zuniga-cadix-chez.html

Christiane Bidot-Naude

*Annick Foucrier : Historienne.

https://www.mexicofrancia.org/articulos/p28.pdf

*Marc Le Chanony : Membre de MCLVL Mémoire du canton de Lagor et des Vallées

https://gw.geneanet.org/poeymarc?n=covarrubias&oc=&p=jose+maria

1 réflexion sur « Portatiu Covarrubias José Maria »

  1. Christiane Auteur de l’article

    Pour Covarrubias, on constate qu’il a cependant fait des erreurs en vendant ses terres du ranch de Castec et de l’ile Santa Catalina, qui de nos jours valent des milliards. Noter que son ranch de Castec, qui faisait 9000 hectares, a été vendu à ce qui est devenu le Tejon Ranch, qui, avec 100.000 hectares au nord de Los Angeles, est la plus grande propriété immobilière privée des Etats Unis : https://tejonranch.com

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