Une émigration béarnaise au Mexique

Au XIXème siècle, de nombreux Béarnais ont émigré en Amérique latine, principalement Argentine, Uruguay et Chili ainsi qu’en Californie mais depuis deux ans, nous recevons aussi des demandes de recherches émanant du Mexique.

Les relevés des départs (visas) du Port de Bordeaux entre 1839 et 1870 indiquent que 530 personnes des Basses Pyrénées sont parties pour le Mexique dont 349 pour Veracruz, 49 pour Mexico et les autres avec seule destination : Mexique.

L’émigration vers Veracruz

Dans ces départs on distingue deux sortes d’émigrants :

Les agriculteurs partis de la région de Pau et s’installant à Jicaltepec et les négociants venant de la région d’Oloron Sainte Marie se fixant surtout dans la ville de Veracruz.

Jicaltepec se trouve dans l’état de Veracruz sur les rives du fleuve Nautla appelé aussi río Palmar ou río Bobos. En 1832, le Français Guénot après avoir pris la nationalité mexicaine acheta des terrains dans cette région peuplée seulement par quelques indigènes dans l’espoir d’en faire une colonie, pour cela il recruta des colons français. Avec quelques boniments décrivant des terres fertiles et un climat agréable il persuada 80 colons de Champlitte à côté de Dijon. « Chaque père de famille devait recevoir un terrain où il pourrait cultiver des vivres, du tabac, du coton du café et d’autres productions. Au terme de cinq ans, les terres seraient concédées à ces familles ». Cette première expédition fut terrible, les familles souffrirent de nombreuses maladies sur le bateau, de jeunes enfants et des personnes âgées périrent en mer puis le débarquement fut aussi une tragédie car plusieurs barques chavirèrent et enfin une épidémie de « vomito negro » sorte de peste noire finit de décimer la population. En arrivant ils ne trouvèrent rien pour se loger et durent s’accoutumer à une nourriture totalement inconnue pour eux : le maïs. A cela s’ajouta la découverte de terres arides et un climat tropical particulièrement difficile à supporter à cause de la chaleur et des insectes.

Malgré cela deux autres bateaux arrivèrent entre 1834 et 1840, toujours une majorité de Bourguignons mais aussi des Béarnais.

Tous les Béarnais travaillaient dans la colonie de Camille Castagné.

Dans certaines biographies, Camille Castagné est présenté comme Béarnais mais il est né dans le Tarn et a été enregistré comme commerçant à Pau. Attiré par les propositions de la Nouvelle Compagnie franco-mexicaine dont le siège était à Paris il s’embarque vers Vera Cruz en 1840. A chaque voyage qu’il fera ensuite il repart, accompagné de jeunes émigrants Béarnais.

Après de terribles efforts, les émigrants réussirent à défricher quelques arpents de terre et cultivèrent la vanille et la banane en plus des cultures vivrières ceci malgré les caprices du fleuve.

Entre 1853 et 1861, la colonie de Jicaltepec connut son apogée ; les rapports entre Mexicains et colons étaient cordiaux et la culture du tabac s’ajouta à celle de la vanille mais en 1861 une crue du fleuve provoqua une inondation dévastatrice qui emporta tout sur son passage, anéantissant plus de dix années d’efforts.

Découragée la population quitte la colonie et va s’installer sur l’autre rive moins exposée où elle fonde la colonie de San Rafaël.

De part et d’autre du fleuve Nautla, la culture et la langue française sont restées très vivantes, de nombreux habitants ont la double nationalité mexicaine et française ; obtention facilité par le Consulat de Veracruz.

Quelques émigrants Béarnais partis à Jicaltepec

ANGLADE DOUSSE Jean SERRES CASTET
BARDINAU Jean UZEIN
BORDES Pierre CARDESSE
BOUE Jean SERRES CASTET
BOUE Mathieu SERRES CASTET
BURTRE Pierre STE MARIE D’OLORON
CARRERE Pierre LEREN
GALATOIRE Jean-Marie PARDIES
LABORDE Jean MONEIN
LAIVREGE Jean UZEIN
LANGLAS joseph GELOS
LARAUDE Jean LUCQ
LARRIVET Bernard SAUVAGNON
LARRIVET Jean SAUVAGNON
LARROUDE Jean LESCUN
LAUTHIERE Pierre UZEIN
MAN LAUGA Jean BOUGARBER
MAN LAUGA Pierre BOUGARBER
MARCHAL Eugene LESCUN
MATHA Etienne MAULEON
PRIGADAA Léon SERRES CASTET
PRIGADAA Alexandre SERRES CASTET
PRINCE Jean SERRES CASTET
PRINCE Jean Castet SAUVAGNON
SEMPE Jules PAU
SEMPE Pierre PAU

 

Ceux que l’on n’oublie pas

Quatre familles mexicaines ont recherché leurs ancêtres béarnais

Famille Meillon

Mon premier contact a été avec Humberto Meillon vivant à Merida. Son ancêtre François Meillon est né à Pau en 1803.

François Meillon a émigré en compagnie de son frère Charles de trois ans son cadet. Ils sont fils d’un tailleur d’habits de Pau mais au Mexique les deux frères seront bijoutiers, le Mexique est riche en métaux précieux. Charles ne reste pas au Mexique, il rentre en France et demande son passeport pour le Chili où je n’ai pas retrouvé de descendance. François épouse Doña Agustina Cañedo y Maldonado en 1829 à Guadalajara dans l’état de Jalisco au Mexique où sa nombreuse descendance vit toujours.

Famille Porte-Petit

Victor Pelaez Cuesta, Mexicain vivant au Canada cherche ses racines pour écrire son histoire familiale.

Jean Porte-Petit est né à Cardesse en 1840. Ses parents ont des terres et ils sont en même temps aubergistes et jouissent d’une bonne situation économique ; Jean est le cadet. Son frère Léon hérite de la ferme et Jean émigre au Mexique où il va rejoindre son oncle maternel Jean Casaurancq de Ste Marie d’Oloron. Il est négociant il exporte du café, parle de minerais dans ses lettres à son frère à Cardesse. Jean a eu une vie riche mais parfois pleine de dangers et croit souvent « y perdre la vie », il fait fortune et rêve de faire instruire ses fils au lycée St Cricq de Pau. Sa vie privée chavire et il décède à 48 ans ayant perdu celle qu’il présente comme un ange : la belle Filomena, son épouse.

Victor Pelaez Cuesta sera parmi nous en juin, il accomplira son rêve : voir la terre de son ancêtres et connaître Yves, son lointain cousin.

Famille Boué

Bonnie Ward voulait faire une surprise à son époux Gilberto Boué, l’amener sur la terre de ses ancêtres. Elle n’avait aucune idée du village. Avec l’aide précieuse de Paulette Domercq et Elisabeth Guchan , nous l’avons identifié : Serres Castet .

Jean Boué est né en 1864 à Serres Castet, il est le fils naturel de Brigitte Boué ; en 1885 il part pour le Mexique. Mathieu Boué son frère, Léon et Alexandre Prigadaà ses voisins émigrent aussi à Jicaltepec. Jean a travaillé dans la ferme Castagné mais pas à l’époque où Camille était le régisseur. Vers 1860, Camille Castagné a quitté la colonie pour aller vivre à La Havane dans l’île de Cuba.

Jean travaille dur, très dur, pendant quinze ans puis il acquiert une propriété « Ranch très encinos » et il épouse Matilde Carmona, ils ont deux enfants.

Gilberto est le fils de sa fille Maria.

Des Prigadaà nous ne trouvons pas de descendance, Léon a épousé la sœur de Matilde et Alexandre la mère lorsqu’elle est devenue veuve ; les femmes étaient rares. De Mathieu Boué nous ne trouvons aucune trace.

Gilberto Boué et son épouse Bonnie sont venus en 2012 et reviennent en juillet invités par leurs cousins Jaymes de Serres Castet. Ils ont quitté la région de Veracruz pour Sonora mais une partie de la famille Boué vit toujours à San Rafaël

Famille Prince

Rosalinda Stivalet-Prince de Mexico cherchait les actes de son ancêtre Jean Prince mais sans succès car il a été enregistré Jean Joancastet. Actes nécessaires à l’obtention de la double nationalité.

Jean Prince Joancastet est né en 1825 à Serres Castet, il est parti en 1856 à Jicaltepec. Il a donc connu la grande crue de 1861 et la famille n’a plus aucun document, tout a été emporté. D’après le travail de Jean Christophe Demard, un autre Jean Prince serait venu de Serres Castet vingt ans auparavant c’est-à-dire au début de la fondation de la colonie de Jicaltepec.

Rosalinda et son époux Germán Campos veulent venir au Béarn en 2015.

Toutes ces histoires sont racontées sur le blog www.emigration64.org

Christiane Bidot-Naude avec la collaboration de Rosalinda Stivalet-Prince

Liens intéressants sur ce thème

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1949_num_4_3_2140

http://www.lepetitjournal.com/mexico/communaute/57956-musee-de-lourdes-drouaillet-sur-la-route-avec-racines-francaises-au-mexique-24.html

Une coïncidence

Naude agent consulaire à Jicaltepec San Rafaël en 1904.

Cette signature retrouvée sur tous les actes consulaires m’intriguait car elle porte le patronyme de ma famille, mais quelle fut ma surprise quand, il y a quelques semaines, une Mexicaine Bonnie Ward épouse Boué m’a porté cette photo prise au Musée de Jicaltepec ; mes premiers mots : il est de ma famille tellement il ressemble aux Naude . Je ne me trompais pas il est né à Pontacq.

Sources : Emigration Française au Mexique de Jean Christophe Demard ; Racines françaises au Mexique. Revue n°5 ; http://www.revistatravesias.com/numero-64 et www.persee.fr/web/revues/

La Généalogie, les recherches sur l’émigration c’est aussi des rencontres intéressantes, des moments de grande émotion et de grande joie.

Le 7 juin 2014, Yves Porte Petit de Cardesse accueillait son « cousin » mexicain Victor Pelaez Cuesta. Il ne fallut que quelques minutes pour que le lien familial se renoue et aussitôt chacun commença à raconter ses souvenirs familiaux ; le dialogue était facile car Victor vit au Canada et parle parfaitement le français quant à Yves le Béarnais, doté d’une prodigieuse mémoire, il vous entraîne facilement dans le passé.

Le 12 juillet 2014, la famille Jaymes de Serres-Castet fêtait la venue de leurs cousins mexicains et personne ne se souvenait que, deux ans auparavant, ils ne connaissaient même pas leur existence.

3 thoughts on “Une émigration béarnaise au Mexique

  1. Bonjour,
    j’étudie moi-même la Colonie de Jicaltepec-San Rafael, où j’ai de nombreux parents. Je puis vous dire que Pierre Naude a de nombreux descendants à SR. Et quand vous dites ne trouver aucun descendant des Prigadaa de Serres-Castet, vous vous trompez : eux aussi sont nombreux, comme par exemple mes cousins Couturier Prigadaa, etc. Jean Anglade, leur oncle, avait fait venir Alexandre et Bertrand Prigadaa, accompagnés plus tard d’André Descomps, qui a une postérité aussi. Mais l’espace est trop exigu pour en parler ici. Cordialement, JFC.

  2. Complément : Camille Castagné (1799-1884) était bien d’Albi et fut 15 ans vice-consul de France à Jicaltepec (1849-1864). Il possédait des vanillères du côté du Cerro de Jicaltepec ; la plupart des pyrénéens se sont installés sur des terres un peu au-delà : à Chapachapa. Le plus « illustre » est sans doute Edouard Sempé (Pau, 1836-Veracruz, 1900), frère des 2 que vous mentionnez et qui, après 5 années de service à Jicaltepec fut 30 ans vice-consul de France dans le plus grand port mexicain, Veracruz. Ses descendants, très nombreux, y habitent pour la plupart. JFC.

  3. Pardon pour l’heure si tardive qu’elle est quasi-matinale : je vous écris de… Mexico – je partirai dans quelques jours à San Rafael pour y demeurer deux mois.

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